9 juin 2011
Inédit
Pérou, d'une arrière-cour à l'autre ?
par
Philippe Revelli
Le 5 juin, M. Ollanta Humala (gauche) a remporté le scrutin présidentiel
péruvien avec 51,6 % des votes, contre 48,4 % pour son adversaire, Mme Keiko
Fujimori (droite).
La nouvelle a provoqué la plus forte chute de la Bourse de Lima depuis sa création (12,51 %) : lors du précédent scrutin, en 2006, M. Humala n'avait-il pas affiché sa proximité avec le président vénézuélien, M. Hugo Chávez ? « Une erreur », n'a-t-il pourtant eu de cesse de répéter au cours de la campagne 2011, préférant se réclamer de l'ancien président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, mieux vu des marchés financiers.
Après avoir assuré qu'un second tour entre Mme Fujimori et M. Humala imposait aux Péruviens de choisir « entre le cancer et le sida », l'intellectuel libéral Mario Vargas Llosa - prix Nobel de littérature 2011 - a apporté son soutien au candidat de gauche, suivi par une partie de la bourgeoisie. C'est que Mme Fujimori n'est autre que la fille de l'ancien président Alberto Fujimori. Au pouvoir entre 1990 et 2000, celui-ci purge actuellement une peine de vingt-cinq ans de prison pour corruption et violations des droits humains. Voter pour une candidate dont l'un des objectifs était de réhabiliter son père « reviendrait à légitimer la pire dictature dont nous ayons souffert au cours de notre longue histoire républicaine », a justifié M. Vargas Llosa.
L'une des propositions les plus populaires de M. Humala consiste à accroître l'impôt sur la rente minière, gonflée par la hausse des cours : si l'économie péruvienne a cru de 8,3 % en 2010 et la pauvreté chuté de 54 % à 35 % en dix ans, les inégalités demeurent criantes. Directement concernées, les entreprises chinoises qui, comme le montre ce reportage, ont depuis quelques années propulsé les produits miniers au premier rang des exportations du pays.
La nouvelle a provoqué la plus forte chute de la Bourse de Lima depuis sa création (12,51 %) : lors du précédent scrutin, en 2006, M. Humala n'avait-il pas affiché sa proximité avec le président vénézuélien, M. Hugo Chávez ? « Une erreur », n'a-t-il pourtant eu de cesse de répéter au cours de la campagne 2011, préférant se réclamer de l'ancien président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, mieux vu des marchés financiers.
Après avoir assuré qu'un second tour entre Mme Fujimori et M. Humala imposait aux Péruviens de choisir « entre le cancer et le sida », l'intellectuel libéral Mario Vargas Llosa - prix Nobel de littérature 2011 - a apporté son soutien au candidat de gauche, suivi par une partie de la bourgeoisie. C'est que Mme Fujimori n'est autre que la fille de l'ancien président Alberto Fujimori. Au pouvoir entre 1990 et 2000, celui-ci purge actuellement une peine de vingt-cinq ans de prison pour corruption et violations des droits humains. Voter pour une candidate dont l'un des objectifs était de réhabiliter son père « reviendrait à légitimer la pire dictature dont nous ayons souffert au cours de notre longue histoire républicaine », a justifié M. Vargas Llosa.
L'une des propositions les plus populaires de M. Humala consiste à accroître l'impôt sur la rente minière, gonflée par la hausse des cours : si l'économie péruvienne a cru de 8,3 % en 2010 et la pauvreté chuté de 54 % à 35 % en dix ans, les inégalités demeurent criantes. Directement concernées, les entreprises chinoises qui, comme le montre ce reportage, ont depuis quelques années propulsé les produits miniers au premier rang des exportations du pays.
« Il n'y a pas si longtemps, la Chine était encore considérée par nombre
de travailleurs comme faisant partie du camp socialiste, rappelle M. Juan
Carlos Vargas, président du PLADES, une organisation non gouvernementale (ONG)
d'appui au mouvement syndical, et la reprise de Hierro Peru par une
entreprise chinoise avait provoqué chez les mineurs de grandes espérances. »
Aujourd'hui, de part et d'autre des rues envahies par le sable, des logements
aux couleurs passées tombent peu à peu en ruine. Beaucoup sont vides, certains
murés, donnant de San Juan Marcona l'image d'un rêve évanoui.
Longtemps simple hameau de pêcheur, perdu entre désert et océan à quelque cinq cents kilomètres au sud de Lima, San Juan Marcona devient un campement minier en 1953, avec l'arrivée d'une compagnie nord-américaine venue exploiter les gisements de fer de la région. Nationalisée en 1975 par le gouvernement du général Juan Velasco Alvarado, la Marcona Mining Compagny est alors rebaptisée Hierro Peru.
Au début des années 1990, l'élection de M. Alberto Fujimori ouvre, comme ailleurs en Amérique latine, une ère de privatisations massives. El Chino (« le Chinois »), comme on surnomme le nouveau président, met alors l'accent sur le resserrement des relations économiques avec l'Asie. Le Japon, bien sûr, dont sa famille est originaire, mais aussi la Chine. Entre 1991 et 1995, il se rend quatre fois à Pékin et, en 1994, les deux pays signent une convention sur la promotion et la protection réciproque des investissements. Comparées aux multinationales occidentales, les entreprises chinoises ne bénéficient que très marginalement du processus de cette « ouverture ». Le rachat, en 1992, de Hierro Peru par Shougang Corporation constitua de loin la plus importante opération réalisée dans ce cadre par les Chinois (...)
Longtemps simple hameau de pêcheur, perdu entre désert et océan à quelque cinq cents kilomètres au sud de Lima, San Juan Marcona devient un campement minier en 1953, avec l'arrivée d'une compagnie nord-américaine venue exploiter les gisements de fer de la région. Nationalisée en 1975 par le gouvernement du général Juan Velasco Alvarado, la Marcona Mining Compagny est alors rebaptisée Hierro Peru.
Au début des années 1990, l'élection de M. Alberto Fujimori ouvre, comme ailleurs en Amérique latine, une ère de privatisations massives. El Chino (« le Chinois »), comme on surnomme le nouveau président, met alors l'accent sur le resserrement des relations économiques avec l'Asie. Le Japon, bien sûr, dont sa famille est originaire, mais aussi la Chine. Entre 1991 et 1995, il se rend quatre fois à Pékin et, en 1994, les deux pays signent une convention sur la promotion et la protection réciproque des investissements. Comparées aux multinationales occidentales, les entreprises chinoises ne bénéficient que très marginalement du processus de cette « ouverture ». Le rachat, en 1992, de Hierro Peru par Shougang Corporation constitua de loin la plus importante opération réalisée dans ce cadre par les Chinois (...)
Lire
la suite de cet article inédit de Philippe Revelli :