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L’ONU condamne le gouvernement syrien
ET les groupes armés
par Julie Lévesque
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Le 18 fevrier 2012
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À
lire les grands titres des médias, seul le gouvernement syrien est
condamné par la récente résolution de l’ONU et responsable des violences
en Syrie. Ce dernier a certes une part de responsabilité, mais qu’en
est-il des groupes armés financés et armés par les pays de l’OTAN et des
pays voisins de la Syrie hostiles au régime de Bachar Al-Assad?
Contrairement à ce qui est rapporté par la presse, la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU appelle « le gouvernement, les forces alliées et les groupes armés "à cesser immédiatement toutes violence ou représailles" ».
La
presse occidentale ignore totalement la condamnation des forces alliées
et des groupes armées et les violences perpétrées par ces groupes
antigouvernementaux ne font jamais l’objet de reportages. Si l’ONU
condamne tous les groupes responsables de la violence en Syrie, pour les
médias mainstream, le gouvernement est le seul et unique responsable de toutes les victimes depuis le début des troubles :
A
New York, l'Assemblée générale de l'ONU devait selon toute probabilité
adopter jeudi une résolution non contraignante condamnant les violations des droits de l'Homme commises par le régime syrien […]
De tels changements auraient pu satisfaire l'opposition il y a un an mais pas après onze mois d'une répression qui a fait plus de 5.400 morts, selon l'ONU. Le mouvement était initialement pacifique mais le pays menace de plus en plus de basculer dans la guerre civile, avec des accrochages quasiment quotidiens entre l'armée et des déserteurs. (AP, Syrie: l'ONU évoque de possibles "crimes contre l'humanité", Le nouvel Observateur, 16 février2012)
Cette
partialité donne de toute évidence lieu à des incohérences. Ce texte dit
d’une part que la « répression […] a fait plus 5400 morts », ce qui
sous-entend que le gouvernement est le seul responsable des violences.
D’autre part on admet que « mouvement était initialement pacifique », donc
cela signifie qu’il ne l’est plus. Si le mouvement n’est plus
pacifique, c’est qu’il serait devenu violent. Or, n’importe quel
gouvernement occidental répond à des actes violents, à juste titre, par
la répression.
D’ailleurs,
quantité de reportages indépendants font état depuis longtemps de
violences et de meurtres commis à l’endroit de civils par les groupes
armés anti-Assad. Pourtant, la répression de la violence par le
gouvernement syrien est systématiquement présentée comme la répression
de manifestants pacifiques, alors qu’à bien des endroits, ce sont les
civils qui ont demandé au gouvernement d’intervenir afin de faire cesser
les violences des groupes armés.
Il
convient de rappeler que l’ONU a admis ne pas pouvoir vérifier les
chiffres avancés quant au nombre de victimes en Syrie et que ces données
sont basées sur des témoignages d’opposants. Une règle journalistique
de base veut que des informations soient valables lorsqu’elles sont
corroborées par deux sources indépendantes. Cette règle ne s’est pas
appliquée durant l’insurrection armée en Libye et ne s’applique pas ici
non plus. Les médias s’appuient largement sinon toujours sur une source,
soit l’Observatoire des droits de l’homme basé à Londres.
L’exemple
ci-dessous démontre à quel point les reportages occidentaux sont
biaisés et contribuent à fabriquer le consensus en faveur d’une
intervention « humanitaire » de l’OTAN :
L'Assemblée générale de l'ONU a adopté jeudi à une écrasante majorité, malgré l'opposition de Moscou et de Pékin, une résolution dénonçant la répression en Syrie, qui devrait accentuer l'isolement du régime de Damas, même si sa portée est surtout symbolique […]
La résolution exige du gouvernement syrien qu'il mette fin à ses attaques contre sa population civile,
soutient les efforts de la Ligue arabe pour assurer une transition
démocratique à Damas et recommande la nomination d'un envoyé spécial de
l'ONU pour la Syrie […]
La résolution
adoptée "condamne fermement la poursuite des violations généralisées et
systématiques des droits de l'homme et des libertés fondamentales par
les autorités syriennes, comme l'emploi de la force contre des civils".
Elle "exhorte le gouvernement syrien à (y) mettre immédiatement fin" et
affirme que les responsables d'éventuels crimes contre l'humanité
devront "répondre de leurs actes".(Syrie - L'Assemblée générale de l'ONU condamne massivement la répression, Le Point.fr, 17 février 2012.)
Il faut attendre le 7e et dernier paragraphe de l’article pour lire ce qui suit :
Le texte "condamne toutes les violences, quelle que soit leur provenance", et "demande
à toutes les parties (...), y compris les groupes armés, de mettre
immédiatement fin à toutes les violences ou représailles". (Ibid.)
Encore
une fois, l’incohérence. On dénonce les « attaques [du gouvernement]
contre sa population civile », « l'emploi de la force contre des
civils », mais on admet la présence de groupes armés sans qu’aucune
violence ne leur soit reprochée et sans faire de lien avec la répression
de cette violence par le gouvernement, laquelle est appuyée par les
civils qui en sont victimes.
On
glisse à la toute fin un mot sur les violences de toutes provenances,
mais c’est trop peu trop tard. Les 6 premiers paragraphes du texte ont
déjà fait le procès du gouvernement syrien en faisant abstraction de
l’existence d’un soulèvement armé. Par ailleurs, les points de
suspension sont édifiants, puisqu’on aurait dû y lire la condamnation de
la violence des « forces alliées ».
Julie Lévesque | |