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Pluie de bombes sur les (civils) libyens. Qui espèrent encore.
par Marinella Correggia
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Le 25 mai 2011
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«
Est-ce possible : bombarder l’après-midi, juste à côté d’une université ?
Heureusement qu’il n’y avait pas d’étudiants : nous avions fermé, ce
jour-là, à cause d’un problème survenu la veille ». Ali Mohamed Mansour,
originaire de Ajdabiya et recteur de la faculté d’économie et de
sciences politiques de l’université Al Fateh, explique que c’est un camp
militaire hors d’usage qui a été visé et touché, mais que le
déplacement d’air a endommagé les salles de l’université. Il nous montre
les lourds plafonds de ciment écroulés, les vitres brisées : « Quels
Libyens protège-t-on et quels sont ceux qu’on veut éliminer ? ».
A
l’Académie des études supérieures, le directeur Milad Salad Milad nous
montre sur son ordinateur la photo de sa fille Safà, deux ans et demie.
La première nuit de bombardements, deux missiles sont tombés à 500
mètres de chez eux. En deux mois, Safà s’est plus ou moins habituée. Son
père par contre ne s’est pas habitué à un autre fait : « Je me sens
trahi par nos amis universitaires d’avant. Nous avions des contacts avec
des centaines d’entre eux. Et deux seulement se sont manifestés, de
l’étranger, depuis que la guerre a commencé. L’establishment ne
m’intéresse pas, les Berlusconi qui passent du baisemain au poignard,
mais mes collègues… pourquoi ? A cause, je crois, des mensonges
quotidiens de la plupart des media ».
Leila,
étudiante de Sabrata, et Sausan, revenue des Etats-Unis il y a six ans
avec un master d’anglais, demandent pourquoi les media mentent et
pourquoi l’ONU ne cherche pas la vérité. Réponse du professeur Saad Al
Ghariani, enseignant de gestion des eaux : « Parce qu’en guerre la
vérité n’a pas de dents . Et dans le cas libyen le type d’intervention
extérieure choisi a accentué le conflit au lieu de le modérer ».
L’ingénieur
Abdusalam Daghais s’arrête sur le projet de société des opposants de
l’est : « Un groupe hétérogène avec une seule idée fixe : Kadhafi doit
partir. Mais que veulent-ils pour le pays ? Plusieurs leaders de la
révolte sont des anciens du régime. Ils sont parmi les responsables de
la politique libyenne de ces derniers lustres. Et de la corruption
aussi. D’autres sont à peine rentrés, après des décennies passées à
l’étranger. Des aliens. Et puis parmi eux il y a des islamistes
d’extrême-droite, des monarchistes, d’autres qui se disent communistes.
Comment se mettront-ils d’accord ? Leur leader, Jibril, dit que la Libye
devra devenir une économie de services. Il veut dire nous vendre au
tourisme ? ».
Le
professeur Al Ghariani poursuit : « Je ne suis pas un politicien, je vis
modestement dans un appartement et je gagne ma vie comme enseignant,
donc je peux me permettre de dire quelque chose sur le « Kadhafi
dictateur ». C’est un mauvais usage du terme et pas tellement parce que
formellement il n’a pas de charges : dans une structure comme celle de
la Libye dirigée par les tribus, un leader est accepté s’il connaît les
besoins de la population et arrive à les satisfaire. Et pendant ces dix
dernières années les choses s’amélioraient. Cette guerre tue la fleur en
bouton. La majorité des Libyens désire des changements, la lutte contre
la corruption, mais n’accepte pas cette énorme crise créée par un
groupe restreint ».
Entre-temps,
samedi dernier (21 mai 2011) s’est terminée la visite de notre groupe
international, Global Civilians for Peace in Libya, invité par l’ONG
Fact Finding Commission qui essaie de recueillir depuis Tripoli des
preuves et des témoignages sur la guerre en Libye et sur les mensonges
et réticences qui y sont attachés. Même si cela a toujours eu lieu sous
l’œil attentif de nos anges gardiens libyens, des choses nous en avons
vues et des témoignages nous en avons entendus pour nous faire une idée.
Les
Global Civilians (à qui le vice-ministre des affaires extérieures Khaled
Khaim a dit qu’il espérait beaucoup du sommet des chefs d’Etat de
l’Union africaine prévu pour aujourd’hui -25 mai 2011, NdT- à Addis
Abeba) en appellent à l’Ua, à l’ONU et à la Ligue Arabe pour que soient
menées des enquêtes sérieuses sur le terrain. La délégation dénonce
l’attaque de l’OTAN contre des infrastructures civiles et contre des
citoyens. Et le silence des media face aux diverses preuves vidéos et
témoignages d’atrocités commises par les alliés libyens de la «
coalition des volontaires ».
Les
victimes de guerre, affirme-t-elle, sont des dizaines de milliers si on
tient compte des personnes évacuées. Le sort des migrants est pire, si
tant est que ce soit possible. Et à ce propos : les anciens travailleurs
africains d’origine sub-saharienne en Libye orientale sont dans une «
situation d’extrême urgence » selon ce que dénonce la Fédération
internationale des droits de l’homme (Fidh). Malmenés, volés, licenciés
sans paye, dans certains cas tués, les femmes souvent violentées (la
même accusation, inversée, parle de 270 femmes victimes des « viols de
guerre » des troupes de Kadhafi). Mais au contraire de cette partie de
la Libye sous contrôle de Kadhafi, où on a beaucoup parlé de toutes
sortes d’atrocités, dans les pays et dans les journaux du démocratique
Occident le sort de ces migrants semble n’intéresser et n’indigner
personne.
Edition de mercredi 25 mai de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
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