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Premier « effet collatéral » de la guerre contre la Libye
La guerre en Lybie provoque une accélération dans la course aux armements nucléaires
par Manlio Dinucci
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Le 24 mars 2011
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Se sentant menacée par le fait que les USA utilisent dans cette guerre des armements stratégiques, la Russie lance un programme de réarmement nucléaire.
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Contre
la Libye, ce que le président Napolitano définit non pas comme une
guerre mais comme une opération de l’ONU, est déjà en train de provoquer
un dangereux « effet collatéral ». Le premier ministre russe Vladimir
Poutine, étant entendu que le régime libyen n’est pas démocratique et
que la situation est rendue plus compliquée encore par les relations
tribales, a, il y a deux jours, défini la résolution du Conseil de
sécurité comme une sorte d’appel médiéval à une croisade pour justifier
une agression de l’extérieur, sous prétexte de défendre les civils. Il a
ainsi déclaré que - après les attaques aériennes étasuniennes contre
Belgrade, puis contre l’Afghanistan et l’Irak et à présent contre la
Libye- ceci est en train de devenir « une tendance stable de la
politique étasunienne ». Et a conclu : « Cela confirme que la Russie
fait bien de renforcer ses capacités de défense ». Paroles immédiatement
suivies des faits. Hier (mercredi 23 mars 2011) le ministre russe de la
Défense a annoncé que cette année il dotera les forces stratégiques
d’autres missiles intercontinentaux, 36 balistiques et 20 de croisière,
et de deux autres sous-marins nucléaires. Avec une allocation d’un
montant de 665 milliards de dollars pour 2011-2020 seront achetés : 5
véhicules spatiaux, 21 systèmes de défense missilistiques, 35
bombardiers, 109 hélicoptères de combat, 3 sous-marins nucléaires et une
unité de surface. En 2013 les scientifiques russes développeront un
nouveau missile balistique intercontinental avec base à terre et la
production de missiles sera redoublée avec un investissement équivalent à
2,6 milliards de dollars.
Seront
en particulier développés les missiles balistiques pour les sous-marins
d’attaque nucléaire. Cette année vont être effectués d’autres tests du
missile Bulava, qui sera installé sur les nouveaux sous-marins
stratégiques de la classe Borey. Un seul sous-marin peut lancer 16
missiles nucléaires, avec une portée de 8-10 mille Kms, chacun
desquels pouvant lâcher jusqu’à 10 ogives multiples indépendantes. Il a
donc une capacité de destruction quasiment égale à celle du sous-marin
étasunien de la classe Ohio, armé de 24 missiles
Trident à têtes multiples. Le Bulava, comme le missile balistique avec
base à tere dont il dérive, est projeté pour percer le « bouclier
anti-missiles » que les USA sont en train de développer dans des buts
offensifs (il leur donnerait la capacité de neutraliser une rétorsion
après avoir frappé les premiers) : avec leurs navires de guerre contre
la Libye, les Etats-Unis ont déployé en Méditerranée les premières
unités de la composante navale du « bouclier », les lance-missiles
Monterrey et Stout. Le Bulava peut lancer de fausses têtes pour éviter
les missiles intercepteurs.
La
guerre contre la Libye est donc en train de provoquer une accélération
dans la course aux armements nucléaires. Surtout parce qu’elle est
utilisée par le Pentagone comme banc d’essai pour des armements
stratégiques, comme les bombardiers stealth (furtifs... NdT) B-2 Spirit
d’attaque nucléaire qui, partant des Etats-Unis, vont frapper les
objectifs en Libye avec des armes non-nucléaires, en s’entraînant ainsi,
dans une action guerrière réelle, à un éventuel emploi dans une guerre
nucléaire. De cette façon, le nouveau traité Start entre la Russie et
les USA, à peine ratifié, est de fait devenu vain.
Edition de jeudi 24 mars de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio | |
