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Les Jeux Olympiques et paralympiques
de Londres sous le spectre de Bhopal,
la vision du Napalm, et le fantôme de l’Agent Orange
par André Bouny
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Le 2 mars 2012
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L’affaire
couva durant l’année 2011. Les Jeux Olympiques et paralympiques
(handisport) aspirent à l’épanouissement des corps et des esprits…
Sponsor officiel majeur de l’idéal olympique : Dow Chemical, fabricant
du Napalm*, de l’Agent Orange** (principal fournisseur des agents
utilisés lors de la guerre chimique américaine au Viêt Nam), devenu
juridiquement responsable de la catastrophe de Bhopal*** suite à
l’acquisition d’Union Carbide.
Les
Jeux olympiques de Londres et la catastrophe de Bhopal font des
étincelles, avec en fond l’histoire entre l’Inde et l’Empire
britannique.
Durant
l’année 2011, les journaux anglais en parlèrent puis, plus largement,
les médias anglophones. En France, la nouvelle était loin de faire la
une. Cependant, elle restait accessible à quelques initiés, tels les
visiteurs du site d’Amnesty International, par exemple. Contrairement au
discours de la diplomatie – activité lige du commerce mondial – il
semblerait même que notre Histoire ne soit en rien liée à celle du Viêt
Nam, pas plus que la Guerre américaine qui s’en suivit aurait un
quelconque rapport avec la perle de l’Empire colonial français d’alors…
Londres est si loin de Paris.
Les
J O ont une telle importance pour l’image du pays organisateur et la
finance internationale qui gravite autour qu’ils se sont dotés d’un
pare-feu : le Comité d’éthique olympique. Mais heureusement qu’existent
des associations et des guetteurs, des lanceurs d’alertes fouteurs de
sable dans les rouages.
Tout
d’abord, l’Association des victimes de Bhopal, vent debout, demande au
gouvernement indien et aux athlètes de leur pays de ne pas participer
aux Jeux de Londres ayant pour sponsor officiel le géant de la chimie
Dow Chemical (Dow). Avec l’achat d’Union Carbide, cette multinationale
est devenue (malgré un premier règlement) juridiquement responsable de
la mort de 35 000 des leurs, et de 100 mille contaminés développant des
maladies atroces.
Dans
le même temps, le président de l’Association des victimes vietnamiennes
de l’Agent Orange/Dioxine (VAVA) écrit une lettre à l’attention de son
homologue du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques et paralympiques
de Londres (The London Organizing Committee for the Olympic Games and
parolympic games Ltd (LOCOG) ) pour lui rappeler qu’à l’heure actuelle
le Viêt Nam compte 3 millions de victimes de l’Agent Orange dont Dow
fut, avec Monsanto, le principal fabricant et fournisseur.
Elle restera lettre morte.
Une victime de l'agent orange.
Photo : André Bouny. Une nouvelle missive d’indignation du président de VAVA, Nguyen Van Ring, datée du 30 novembre est expédiée à Len Aldis (secrétaire général de l’Association d’amitié britannique avec le Viêt Nam, et membre du CIS) qui la remet en main propre au bureau du président du Comité olympique, Lord Sebastian Coe, au n° 100 de la Place Churchill. En voici copie :
Et toujours pas de réponse.
Car
maintenant il est urgent pour la LOCOG de limiter les choses à
l’affaire Bhopal et de la circonscrire au plus vite, ignorant à tout
prix le tonneau percé des Danaïdes.
Il
ne vous a pas échappé que la LOCOG est une société privée, donc
maîtresse de ses décisions. Ce contrat avec le sponsor majeur Dow porte
sur 336 panneaux publicitaires géants faisant partie du revêtement
extérieur du Stade olympique sur son périmètre de 900 m (décision prise à
Genève en 2010).
Mais
les activistes ont jeté le trouble, et probablement attaqué l’ignorance
crasse de la société privée organisatrice. Cependant, elle s’entête et
se range au côté de Dow, déclarant qu’il s’agit d’une entreprise de
« bonne gouvernance », et que Dow n’est impliquée en aucune façon dans
la catastrophe de Bhopal.
L’Association
olympique indienne (IOA) demande alors au Comité international
olympique (CIO) la rupture du contrat de parrainage avec Dow. Le CIO
rejette cette demande et affirme à son tour « la bonne gouvernance
d’entreprise » du sponsor Dow. Visiblement les victimes comptent peu
face aux intérêts considérables qu’engendrent les J O.
![]() Source de la photo : http://www.indianmuslimobserver.com/2011/12/now-vietnam-victims-of-agent-orange.html Mais le gouvernement indien enfonce le clou et annonce que, si Dow est maintenu parrain, ses athlètes boycotteront les Jeux olympiques de Londres. De son côté, le gouvernement vietnamien qui effectue un rapprochement sans précédent avec les USA pour contenir l’expansionnisme chinois (îles Paracels, et Spratley), garde un silence gêné, et gênant. L’ombre d’un boycott plane et s’étend sur les futurs Jeux, car si les victimes de Bhopal incombent juridiquement à Dow depuis l’achat d’Union Carbide, l’acquéreur a aussi ses victimes en propre de par le monde. Et voici que celles du Viêt Nam sortent le fantôme bien réel de l’Agent Orange, invitant de fait celles du Laos à en faire autant, comme celles du Cambodge, de Nouvelle-Zélande, de Corée du Sud, d’Australie, du Canada, et des États-Unis…. Des pays importants dont l’absence enlèverait l’intérêt même de ces olympiades, car bien que Dow soit une transnationale étasunienne, l’affaire des vétérans US victimes de l’Agent Orange n’est jamais complètement réglée et rebondit périodiquement. De plus, ces anciens du Viêt Nam se déclarent solidaires des victimes des autres pays, alliés comme ancien ennemi. La crainte de propagation est évidente, et la récente menace de boycott de l’Inde risque de générer une montée de contestation dans les pays, et ils sont légion à être concernés par une contamination aux produits toxiques du sponsor majeur de ces JO. Le prochain qui emboîterait le pas de l’Inde pourrait faire tomber tous les dominos…
Voici un lien permettant de se faire une idée du nombre de pollutions générées par Dow dans le monde : http://fr.transnationale.org/entreprises/dow_chemical.php (cliquer en bas de la page sur l’onglet vert Impact environnemental qui ouvre pas moins de 46 600 occurrences)
Si
bien qu’à la mi-décembre 2011, la LOCOG annonce renoncer à Dow. Par la
suite, le géant de la chimie dira que c’est lui qui s’est retiré. Ainsi
la face de chacune des parties est sauve.
Mais qu’en est-il en sous-main ?
Parallèlement
à la LOCOG, existe une organisation indépendante : la « Commission
Londres durable » (CSL). Ses pouvoirs sont limités. Mais à l’intérieur
de celle-ci se trouve une femme, écologiste (en partie bénévole),
Meredith Alexander. Or, le jeudi 26 janvier 2012, elle démissionne
publiquement de son poste de commissaire. Pourquoi ? Nommée par le maire
de Londres, Boris Johnson : la presse fait donc un large écho à cette
initiative.
« J’ai
le sentiment que la Commission et les organisateurs des JO se risquent à
faire l’apologie de Dow Chemical. Ils répètent et rendent légitimes les
affirmations de Dow qui nie toute responsabilité dans la tragédie de
Bhopal », déclare Meredith Alexander. Et ajoute qu’il lui était
devenu « inacceptable de faire partie d’un comité qui soutenait
publiquement Dow ».
Et si toute cette affaire était sortie trop tôt… ?
Le
véritable bénéfice de Jeux olympiques et paralympiques parrainés par Dow
n’aurait-il pas été de laisser le diable se brûler à son fourneau, avec
des manifestations de victimes venues des quatre points cardinaux de la
planète pour révéler, sur site et en direct devant les médias du monde
entier, ces drames civils et ces crimes de guerre, permettant d’alerter
l’opinion publique internationale afin que justice soit rendue ?
Nous ne le saurons peut-être jamais… mais travaillons-y !
Simultanément,
le procès collectif intenté par les habitants de la ville de Nitro
(État de Virginie-Occidentale, USA) contre Monsanto, trouvait un
dénouement. Une entente à l’amiable qui n’est pas sans rappeler celle de
1984 entre les chimistes et les vétérans étasuniens victimes de l’Agent
Orange durant la guerre du Viêt Nam. En effet, l’accord de Nitro
prévoit que Monsanto créera un fonds de 84 millions de dollars pour
couvrir les soins médicaux des plaignants durant 30 ans. Puis, 9 autres
millions de dollars s’ajouteront pour assainir les habitations situées
dans les zones exposées et contaminées (provoquant des cancers) par
l’usine de fabrication d’Agent Orange entre 1949 et 1971, fournissant
l’Armée étasunienne pendant la guerre du Viêt Nam. Encore une façon
d’éviter la condamnation, c’est à dire d’établir un précédent (un
« standard »), empêchant ainsi une jurisprudence pouvant bénéficier aux
autres victimes. Une occasion aussi de remarquer la différence des
sommes allouées à l’amiable aux Étasuniens comparativement à celles
accouchées aux forceps pour les Vietnamiens…
André Bouny
* Nom dérivé de la contraction de naphtalène et de palmitate : essence solidifiée au moyen du palmitate de sodium (ou d’aluminium), développée pour les lance-flammes et les bombes incendiaires au cours de la seconde guerre mondiale. Au contact de l’air, le napalm (NP) se liquéfie en un gel qui adhère aux surfaces sur lesquelles il est projeté en brûlant à une température de 900 à 1300°C pour le NP1 utilisé en Allemagne et au Japon. Le NP2, additionné de magnésium et de phosphore et utilisé plus tard en Corée et au Viêt Nam, atteint une température supérieure, de 1500 à 2000°C.
**Mélange
liposoluble contenant une part d’esters n-butyl d’acide
2,4-dichlorophénoxyacétique (2,4-D) pour une part d’acide
2,4,5-trichlorophénoxyacétique (2,4,5-T), ce dernier étant contaminé par
la 2,3,7,8-tétrachlorodibenzo-p-dioxine (TCDD). Il fut utilisé de
janvier 1965 à avril 1970 (officiellement). L’Agent Orange II (dit Super
Orange), utilisé en 1968 et 1969 est lui aussi contaminé par la dioxine
TCDD.
***
Ville indienne où survint l’accident industriel du 3 décembre 1984.
L’explosion d’une usine Union Carbide (rachetée par Dow Chemical) de
pesticides libérant de l’isocyanate de méthyle (CH3-N=C=O) dans
l’atmosphère. Cette catastrophe tua officiellement 3500 personnes, mais
fit en réalité 20 à 25 000 morts et environ 100 mille personnes furent
contaminées, développant des pathologies.
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